Ailleurs, rapidement (et son texte)

AILLEURS, RAPIDEMENT.

AVION.

Théa et Vincent sont dans un avion, quelque part au-dessus de l’Atlantique.

Vincent est assis à côté d’un homme enroulé dans une sorte de grosse couverture verte rayée de rose. Peut-être un duvet, ou une combinaison de ski. On dirait qu’il se fait avaler par un serpent particulièrement exotique.

Théa regarde une série avec un petit garçon qu’elle ne connaît pas.
La série raconte les enquêtes d’un détective qui résout des crimes, aidé de son cheval. L’épisode qu’ils sont en train de regarder a lieu dans un musée parisien. Un tableau de maître a été volé par un groupe de malfaiteurs qui se fait appeler “S’il vous plaît”. Le détective essaie de découvrir l’identité des membres de ce groupe. Le cheval, lui, pense qu’il s’agit d’un coup monté par le directeur du musée.

BATEAU.

Théa et Vincent sont sur un bateau, au large de l’Islande.

Le soleil est bas. Il glisse lentement, d’Est en Ouest, sans s’élever, comme une perle coulissant sur le collier de l’horizon.
Il neige sur l’océan. Hier, le capitaine a aperçu la bosse d’une baleine.

Théa se repose dans sa cabine. Il ne fait jamais nuit, elle ne dort presque plus. Elle n’est pas fatiguée, mais rêver lui manque un peu.
Elle lève les yeux de son livre, regarde autour d’elle, murmure : “pourquoi les hublots sont-ils ronds ?”, puis se lève, s’habille chaudement et se dirige vers le pont, en espérant qu’il y fasse suffisamment froid pour fabriquer un petit bonhomme de neige.

Dans le salon des passagers, Vincent discute avec deux jeunes suédois. L’un d’entre eux est biologiste marin. Il voyage autour du monde à la recherche d’un petit animal qui ressemble à un coquillage et qui habite dans la poche ventrale d’un mollusque. Il dit à Vincent que cet animal est exceptionnel, parce qu’habituellement ce sont les mollusques qui vivent à l’intérieur des choses en forme de coquillage.

MONTGOLFIERE.

Théa et Vincent sont dans la nacelle d’une montgolfière.

Le pilote de l’aérostat nomme les villes et les villages survolés.

Théa lui demande s’il est possible de relier plusieurs montgolfières entre elles à l’aide de passerelles.
Le pilote lui répond que tout est possible, mais qu’il ne voit pas l’intérêt de connecter des montgolfières les unes aux autres.
Théa dit que ce serait bien de pouvoir rendre visite à des compagnons d’altitude. Elle trouve qu’on se sent un peu seul là-haut.

Vincent demande au pilote le nombre de montgolfières qu’il faudrait réunir pour soulever un éléphant.
Le pilote réfléchit un moment. Il lui dit que les mongolfières comme celles-ci sont conçues pour porter 3 ou 4 personnes, et qu’en partant du principe que le poids d’un éléphant est égal à celui d’une soixantaine d’humains, il faudrait à peu près 20 montgolfières pour soulever un éléphant.
Vincent lui demande le nombre de montgolfières qu’il faudrait réunir pour soulever 20 éléphants.
Le pilote regarde Vincent, en essayant de savoir si le jeune homme se moque de lui ou non.
Il commence à répondre, mais est interrompu par Théa, qui lui demande avec beaucoup d’enthousiasme s’il serait possible de construire des passerelles entre les 20 éléphants.
Le pilote lui dit que non, parce que c’est absurde, et invite ses passagers à profiter du paysage en silence.

Théa et Vincent s’éloignent autant que possible du pilote et commencent à discuter tout doucement, mais très sérieusement

– Pourquoi construire une passerelle entre les éléphants ? Demande Vincent.

– Pour que les oiseaux puissent passer facilement de l’un à l’autre ; les oiseaux adorent les éléphants, répond Théa.

– C’est assez compréhensible. Il paraît que les contraires s’attirent. Mais les oiseaux ne feraient-ils pas mieux de voler d’un éléphant à l’autre ?

– La plupart des oiseaux peut-être, mais il ne faut pas oublier les autruches.

– Pourquoi amènerait-on des autruches en montgolfière ?

– Par compassion. Ça doit être si difficile d’avoir des ailes et de ne pas pouvoir voler… Dans un monde parfait, chaque autruche aurait droit à son baptême de l’air.

– Dans un monde parfait… Ce serait plus juste, en effet.

Il se taisent quelques minutes, puis se rapprochent du pilote.
Vincent lui demande si la montgolfière lui appartient.
Le pilote répond que oui.

– Aimez-vous beaucoup votre montgolfière ? demande Théa.

– C’est ma passion ! Répond le pilote.

– Vous sentez-vous coupable lorsque vous prenez l’avion ?

Le pilote dit “quoi ?”, prend sa radio et organise l’atterrisage avec son équipe au sol.

VOITURE.

Théa et Vincent sont en voiture, sur une autoroute allemande.

Théa conduit. Vincent est endormi sur la banquette arrière. Il y a deux autres personnes dans la voiture, un jeune homme et une dame d’une quarantaine d’années. Ils sont tous les deux en train de lire.

Théa leur demande s’ils lisent le même livre.
Ils lui répondent que non, pas du tout. Le jeune homme lit un livre sur le dressage des hippocampes, tandis que la dame lit un magazine de couture qui explique comment transformer ses rideaux en robes, et inversement.
Théa dit que c’est dommage. Lorsque les deux lecteurs demandent pourquoi, elle répond : “si vous lisiez tous les deux le même livre, vous auriez pu vous les échanger sans que personne ne s’en rende compte.”

Vincent, qui vient de se réveiller, fait sursauter tout le monde en criant :

– Regardez, des éoliennes !

– L’un de mes amis m’a dit qu’il avait vu une éolienne à 4 pales, un jour, dit le jeune passager.

– L’a t-il cueillie ? demande Théa.