Adèle de Laune (et son texte)

En 1560, alors que Bernard Palissy brûlait les meubles de sa maison pour alimenter ses fours à céramique, Adèle de Laune écrivait “Un oiseau par arbre”.
Dans ce recueil de “réflexions philosophiques et rêveries”, une entrée concerne la relation qui existe entre les lieux et la pensée.

Selon Adèle de Laune, la pensée d’une personne dépend presque exclusivement de son contexte.
Elle affirme que les pensées d’une personne qui marche dans une forêt sont différentes de celles d’une personne qui marche dans une ville.

Elle justifie son raisonnement en expliquant d’abord qu’un marin qui se trouve dans la cabine d’un bateau en train de faire naufrage pense davantage aux poissons carnivores qu’un marin qui se trouve dans la cabine d’un bateau amarré, puis en démontrant que l’apparition de la pensée est un phénomène constant, et qu’en tant que tel, il n’est pas affecté par la gravité d’une situation (autrement dit, que la pensée se manifeste de la même façon au cours d’un naufrage qu’au cours d’une marche en forêt ou en ville).

Elle émet également l’hypothèse qu’il existe des environnements particulièrement propices à l’apparition de certaines familles de pensées.
Elle prétend par exemple que les pensées les plus étranges de l’Histoire sont apparues dans l’esprit de personnes traversant des ponts, et qu’il est donc très probable que les ponts soient des lieux particulièrement propices à l’apparition de pensées étranges.
Pour étayer son hypothèse, elle dresse un catalogue des pensées de pont les plus communes, classées par ordre croissant d’étrangeté.
À la 81ème place de ce catalogue se trouve la pensée suivante :
“Les sorcières et les papillons n’ont que sept points communs.”

J’ai choisi de réaliser ce dessin en hommage à l’oeuvre d’Adèle de Laune.
Il illustre selon moi le plus important des sept points que les sorcières et les papillons ont en commun, c’est-à-dire la chasse qui leur a été donnée par les inquisiteurs d’un côté, et par les lépidoptérophiles de l’autre.